Son prénom résonne comme le mois de juin. L’été, tant attendu, arrive prudemment avec ses promesses et ses couleurs marquées sur nos peaux. Jun, c’est le passage du printemps à l’été, de la tendresse à la joie de vivre. Alors que je travaillais dans un hôtel, il accompagnait un émir. De nombreuses personnes occupaient l’hôtel : des gendarmes et autre personnel. Lui était son infirmier. Jun était un jeune philippin. Nous ne nous comprenions pas toujours très bien. Lui avec un anglais parfait mais un accent à couper au couteau. Et moi avec mon bon accent mais un anglais approximatif. Je le voyais passer et repasser de la chambre au restaurant, à la piscine. Un soir, il s’est arrêté à la réception où je postais. Nous avons échangé quelques paroles. Portée par son immense sourire, il m’a faite voyager. Il me racontait que Jun n’était que le prénom que l’émir lui avait donné. Il me racontait ses études et sa famille, son avenir et ses projets. Avant son départ, il m’a laissé un jeu de cartes : signe du hasard. La carte de la chance avait été tirée et nos chemins des bouts du monde s’étaient un instant croisés. Une paire de baguette invitant au repas. Quoi de plus fédérateur que le partage d’un plat. Et un billet de monnaie philippine disant viens voir chez moi, sur lequel était écrit « Take care of you for me ». Devant le bar de l’hôtel, nous avons pris une photo qu’il m’avait fièrement montrée. Pendant de longs mois, nous avons échangé des mails. Il me racontait sa vie, parfois en français et je lui répondais en anglais. A la fin de chacun de ses mails, il écrivait à quel point il ne n’oubliait pas mon accueil chaleureux. S’il savait à quel point, je n’avais fait qu’essayer de lui rendre sa douceur. Je garde de lui un souvenir au restaurant de l’hôtel, à une table isolée, avec son ami. L’un musulman, l’autre catholique. Tous deux priant en même temps, avant de partager la même assiette.