Petits grains en nombre qui s’infiltrent et s’immiscent. Le sable passe dans les interstices de la fenêtre et tombe sournoisement sur la table, qui me sert de bureau. Un filtre de poussière sépare ma main du papier. Un filtre de poussière sépare mes yeux de la couleur des fleurs. Un filtre de poussière mon cœur de mes ambitions. Chaque jour, j’essuie d’un coup de main rapide et désespère de ne pouvoir rien y faire. Ce n’est rien d’autre que des petits grains beiges. De petits grains contre lesquels il est impossible de lutter. Des petits grains que l’on ne voit que lorsqu’ils s’accumulent en nombre.
Alors tout devient beige. Les rues, les voitures, les affiches, la devanture des immeubles. Ce n’est ni jaune, ni rose. Tout se ressemble. C’est beige. Fade, triste et sans caractère. Quand tout devient beige, le regard tombe dans l’ennui, le désespoir de ne pouvoir lutter contre ces petites choses en masse. Ce n’est plus de la résilience, c’est de l’abandon. Le fantasme s’évapore avec la promesse des nuits chaudes, des gueules cassées par le soleil, des dunes à l’infini horizon. Le rêve s’envole porté par ces petits grains qui ne suivent que les opportunités du vent. Les dunes se déplacent et me laissent sans mes repères d’hier. Sans repères, sans fantasmes, je me laisse à mon tour envahir par les petits grains. Je deviens à mon tour beige et opportuniste.