Moussa

Sénégalais, baye fall, et musicien dans un groupe de reggae : ainsi il se présentait.

Nous avons partagé nos trajets tous les matins pendant presque six mois à Dakar. Prenant le même bus ou empruntant le même chemin piéton. J’ai rencontré Moussa la première fois alors que j’étais assise sur une borne de béton. Il faisait chaud et cela faisait de longues minutes que je guettais l’arrivée d’un « tata ». Il m’a posée quelques questions timides auxquelles je ne répondais que par des hochements polis de la tête. Dès lors, nous nous sommes retrouvés chaque matin. Nos discussions étaient toujours les mêmes et nous n’arrivions jamais à un accord. Il me racontait sa condition miséreuse à laquelle je ne pouvais rien. Son allure de chanteur de reggae mêlait nonchalance et prestance. Cet étrange mélange m’étonnait. Nous étions diamétralement opposés, tant par nos caractères que par nos vies respectives mais partagions une constante : l’obstination. Nous nous bornions à nos points de vue respectifs sans se rendre compte que, une fois la conversation achevée, l’un et l’autre s’étaient peut-être et contre toute attente, un peu influencés. Un vendredi, après la prière hebdomadaire, nous nous étions retrouvés. J’avais alors noté que le sabbat, jour de repos pour les Juifs, commence le vendredi soir. Aussi, quand il prie à la Mosquée, d’autres -Juifs, prient en même temps. Très choqué, puis étonné, il avait finit par rigoler en disant : « Ne parles pas de ça dans la rue ! ». Malgré ces trente années bien révolues, de courtes dreads locks –qui lui étaient si précieuses sous une casquette, un petit nez et des yeux tout ronds lui donnaient un air adolescent. Un jour je reviendrai au Sénégal. Peut-être, alors, pourrions-nous devenir des amis, pour partager plus que nos trajets vers le travail.