Respires

Alors que tu es vide, vide de toi, vide de sens, vide d’émotions, tu aiguises tes canines, tu lèches tes babines. Tu voudrais t’approcher mais tu as peur que je ne fuis. A peine ta main posée sur ma nuque, je suis domptée. Tes yeux me font le pari de défier la réalité. De ne pas laisser le temps, le vent, l’air, l’atmosphère nous dire quoi faire, quoi vivre, quoi respirer. Alors mon souffle te jure de te laisser aller où d’autres n’iront jamais. Prends tout sans demander. Vas-y, aiguises tes canines et mords-moi. Avales tout. Tout ce que l’humain a d’animal en soi, montres-le moi. Sois violent, sois vivant, sois brulant. Brûles toi la peau puis les os à mon contact.           

Alors enfin, tu te laisses vivre. Tu arrache de ma bouche l’air qui manquait à ta respiration. Tu perds tes mains dans le désordre de mes cheveux dont ton quotidien manque cruellement. De mon corps tu retrouves toutes les odeurs que tu as respirées avant. Tu trouves dans mes yeux la lumière qui manquait à tes nuits. Tu mords mes seins et te nourris de la vivacité de ma chair qui manque à ta vie. Tu trouve entre mes jambes le retour à tes origines, la voix à suivre. Alors tu deviens moi et tu ne sais plus qui tu es. Je deviens aveugle. Je pourrais hurler. Ma voix n’a pas la puissance de ce qu’il se passe. Tu m’aspires toute entière. Tu prends en moi tout ce qui te manquait. Je réalise alors toute ma puissance que tu viens puiser. Je m’abandonne pour t’offrir sans peur, sans gêne et sans calcul. C’est un tonnerre, un éclair qui détruit tout autour. Tout est vide. Tu ne voudrais pas arrêter. Mes yeux te supplient de ne pas m’infliger la souffrance de m’abandonner. Restes. Reste là. Ici. Dedans. En moi. Tu ne veux pas perdre. Surtout ne t’arrêtes pas. Ma peau frotte sur la tienne. Comme les silex choqués, le feu prend.

Quand la réalité te rappelle à ta place, tu luttes pour ne pas te faire emporter et résistes en cherchant la force dans mes yeux. A bout de force, tu laisses emporter. Tu lâches tout, tu ne t’accroches plus, repu, satisfait. Comme une petite rupture, ca te fait mal. Mais tu le sais. Tu sais que je t’ai tout donné. Je suis remplie de toi. Tu es rempli de moi. Le feu consumé nous garde dans une chaude enveloppe. Peu à peu, le monde reprend sa place. Désormais, je garde la trace de ton passage. Désormais, tu ne pourras plus survivre sans venir t’approvisionner. Désormais, ce sera toi avec moi et moi avec toi.